Les sarments de la Colère

Christian Laborie « Presses de la Cité »

(Terre de France) ISBN 978-2-258-14620-4

Sous l’escalier aux marches taillées dans de la pierre de « Gobertange » sont rangées quelques bouteilles de vin.  Ces bouteilles sont les seuls objets qui me motivent à descendre dans les entrailles de notre maison.  J’aime le vin, mes amis le savent, j’aime ce breuvage que l’on approche avec modération. Si j’apprécie ces larmes de raisin c’est : pour les parfums qu’elles nous dévoilent, les reflets d’une robe, le goût qui s’entremêle tout en gardant une forte personnalité.  Le vin, le bon, offre cette alchimie, étrange miroir de l’harmonie qui reigne parfois entre les cadeaux de la nature et le travail des hommes.  Chaque flagrance ressemble à une bénédiction et ne l’oublions pas, Bacchus était un dieu.  Il suffirait d’un minimum d’attention pour parvenir à discerner, un à un, les arômes du terroir.  C’est difficile je vous l’accorde, mais d’après la légende, le résultat est un bonheur en soi.  En vous parlant de Bacchus, voici peut-être l’opportunité d’approcher un roman qui mérite notre attention.

En effleurant le premier de couverture de « Les sarments de la Colère », je savais que je ne serais pas déçu.  Voici un auteur, Christian Laborie, qui lorsqu’il écrit, dévoile l’amour qu’il porte à son pays, pardon, son pays d’adoption.  Il semble avoir compris que l’on ne peut aimer sans prendre en compte tous les aspects de l’empreinte des anciens, ces êtres emplis de courage, qui ont forgé les mentalités positives d’une superbe région.

Il aurait été si simple de ne peindre que les images saisies sur l’instant, si simple et si banal que l’on aurait probablement évité d’en discuter ici.  A l’opposé,  le talent de l’auteur nous colle littéralement le livre entre les mains.  Sous étiquette de romance, « Les sarments de la Colère »  nous révèlent des pans d’Histoire que je ne connaissais pas ou peut-être enfuis dans les abysses de ma mémoire.  Conter ce joli coin de France, le faire sans dévoyer les difficultés de vie  à laquelle les gens du terroir se retrouvent confrontés, voici qui me semble honorable. 

Ahhh les Cévennes !  Certes les paysages sont magnifiques, la nature y est façonnée sous un ciel coloré de contrastes emportés, qu’il semble vibrer sous l’haleine du vent « marin ».  La nature s’y veut sauvage, enveloppée par la douceur d’une brise chargée d’haleine de garrigue.  Voici ce qu’en vacance nous retiendrons après avoir bousculé la quiétude des lieux, cependant, que connaissons-nous de la réalité ?  Peuple de tolérance, êtres entiers, voici ce que nous décrit l’auteur en approchant l’ingratitude qu’offre le labeur aux vignerons. 

Christian Laborie nous partage non pas un récit, mais une confidence d’amour.  Pour être honnête, je devrais souligner ces derniers mots en les enrobant de « pluriel ».  Il y a l’amour de la terre, la séduction des vignes, le chant d’un travail pénible cependant, malgré l’exigence et la sueur, on ne l’échangerait pour rien au monde.  Et puis, il y a l’amour des humains.  Ahhh  l’amour des hommes, tiraillés par les différences de milieu, de caste, ces statuts sociétaux courageusement ignorés par les plus téméraires au risque de représailles. 

La jalousie, la haine et les soubresauts de l’Histoire de France, de l’Histoire du Sud, éloignée de Paris, oubliée trop souvent.  Prenez ces ingrédients, mélangez-les et parfumez le tout par le petit pouvoir d’un patriarche qui n’a pour tout vocabulaire que le mot « Vengeance ».

L’écriture de Christian Laborie est d’une qualité que j’aime souligner.  Vocabulaire élégant, respectant la fluidité des mots tout en élevant la langue française avec simplicité.  Une écriture si belle qu’elle nous rappelle que le travail de l’écrivain est un jeu d’orfèvre quand les mains possèdent du talent.  Ouvrir une première page s’est se faire avaler par le roman.  Et voici que fleurissent les souvenirs grâce à certains détails prélevés dans ceux qui ont façonné le nom des rues, les traditions du passé.  Jaurès, Dreyfus et tant d’autres croiseront le lecteur au fil du récit. 

Comment ne pas hurler lorsque l’état vous enlève un enfant pour une période de plusieurs années au service de l’armée ?  Comment supporter le départ obligatoire alors que les bras sont indispensables au labeur nourricier ?  Les affres des maladies qui gangrènent les vignes tandis qu’on ignore encore les usages de préventions banalisées par notre époque. 

Le roman de Christian Laborie est un voyage sur les rivages d’une époque résolue.  Les soirées réchauffées par le « Cantou », les longs chemins à franchir à pied ne sont ici que quelques exemples parmi une multitude d’usages.  Ces derniers, parfois, nous font sourire en oubliant qu’ils ne sont pas si éloignés que cela, que certains gestes simples demandaient de l’ardeur.  Certes, les transports existent, mais cela dépend du lieu.  Les trains commencent à noircir l’horizon de nuées salissantes et par petits pas savamment posés, nous approchons de l’ère industrielle.

Le chemin de fer me fait songer à un cet autre très beau roman de Christian Laborie « Le chemin des larmes », un écrit qui nous plonge au cœur des chantiers du chemin de fer en pays Cévenole.  Sur ce dernier je ne m’attarderai pas pour vous en avoir déjà parlé. 

Que dire de plus si l’on ne désire pas dévoyer l’histoire par surcharge d’éloge ?  Rien, juste bravo ! Merci à l’auteur d’avoir valorisé une région qui mérite notre attention.  Merci à la maison d’édition « Presse de la Cité » et mes hommages à cette partie de la France qui garde une énorme place en mon cœur. Un autre roman du même auteur qu’il me tarde à vous chroniquer: « Dans les yeux d’Ana » mais c’est une autre histoire, une très belle histoire.

Philippe De Riemaecker

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