Tempo de Santiago Dominique LIN

ELAN Sud – EAN 9782911137723

Il serait faux de croire que les contes pour enfants ne sont pas dignes d’intérêt.  Je pense en toute objectivité qu’un conte réussi s’adresse au plus grand nombre.  De même que je m’incline devant un ouvrage de qualité, je ne puis que saluer ces plumes qui s’adressent aux plus jeunes.  Je ne suis pas certain qu’approcher une narration simplifiée est à la portée de tous.  Par « simplifiée », je n’entends pas la résonnance de « simpliste », ce serait une erreur, un manque de respect vis-à-vis des plus jeunes lecteurs.  C’est là que se concentre la difficulté de construire une belle histoire, une histoire intéressante, qui a le pouvoir de porter le lecteur quel que soit  l’âge du public ciblé et l’importance du message pédagogique que l’auteur désire exprimer.

Dominique LIN Photo Elan Sud

Pourquoi ne pourrait-on pas admettre que tous les âges peuvent se laisser séduire par un texte joliment tourné ?  Nos enfants méritent, à juste titre, que la narration d’un récit le soit en mots soignés.  En phrases endimanchées ? Certes, sans pour autant se revêtir de formules trop complexes ou de charger le texte de phrases alambiquées.  J’adore les histoires destinées aux plus jeunes bien que, je dois vous l’avouer, par un étrange phénomène, je n’en reçois que très rarement.  Vraisemblablement, les années qui recouvrent mes épaules font dire aux éditeurs que je suis devenu un vieux monsieur sérieux.  Vieux ?  Peut-être…  Sérieux ?  Quelle horreur !

Généralement, les contes dévoilent une leçon de vie, un questionnement sur la façon d’agir, d’appréhender tel obstacle à franchir ou telle autre difficulté.  Et pourquoi, en qualité d’adultes, n’aurions-nous pas l’audace de nous poser les mêmes questions que celles adressées à ces générations à qui nous sommes présumés offrir l’exemple ?  Les adultes ne sous-estimeraient-ils pas la force de caractère de leurs enfants ?  N’est-ce pas nous, les adultes, qui communiquons nos craintes, nos peurs en surprotégeant ces « anges » qui savent se montrer de talentueux manipulateurs.

Un matin, alors qu’il faisait beau, le facteur m’a surpris les mains gantées, en pleine action de taille des rosiers.  J’adore les roses.  Certes, elles quémandent une certaine attention, mais en retour, elles débordent en remerciements de bien belles façons.  Il y a la couleur, le dessin que forment les pétales et ce parfum puissant embaumant le jardin jusqu’à la limite de l’ivresse.  J’adore observer les insectes se disputer les perles de rosée venues d’on ne sait où alors que le feu de l’été assèche toute humidité.  Un autre monde peut-être ? 

C’est donc en plein travail que me fut confié un colis en provenance de France.

L’enveloppe me semblait bien épaisse pour n’être qu’une simple lettre.  Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir trois ouvrages envoyés par la maison d’édition « Élan Sud ».

Le premier geste que j’accomplis, lorsque je reçois un livre, c’est de l’apprivoiser.  Je sais, certains me prétendent un peu fou.  Mais c’est ainsi, je ne puis blesser une œuvre qui m’a été confiée.  Qu’importe l’auteur, ce n’est pas la question, il y va d’un bouquin comme d’un compagnon de jeu, n’est-il pas important de faire connaissance avant d’échanger un minimum d’intimité ?  Après tout, ne va-t-on pas dévoiler quelques secrets ?  Ne va-t-on pas s’émouvoir lorsque les pages vont égrainer les mots ?  Ouvrir quelques portes interdites, quelques sombres idées ?  En rituel bien rodé, j’ai déposé les trois ouvrages envoyés par Élan Sud dans le but de les répertorier puis, je les place dans la file d’attente des ouvrages à découvrir.  C’est là que tout a commencé,  je fus témoin d’un phénomène étrange.

Parmi les derniers arrivants, quelque chose accrocha mon attention.  C’était, je vous l’avoue, un premier de couverture, mais pas que…  J’avais l’impression d’entendre comme une voix, j’avais l’intuition de deviner l’ombre de mon enfance.  Le confinement aurait-il eu raison de mon équilibre mental ?  Et puisqu’il me restait une petite heure avant le retour de ma moitié qui remplissait sa tâche consistant à piquer les fesses du terroir (chhht ne lui dites pas, elle serait à juste titre bien fâchée de m’entendre parler de sa profession de la sorte),  j’ai tendu la main vers « Tempo de SANTIAGO », un petit livre signé par Dominique LIN

 Ensuite ?  Ensuite, j’ai perdu toute notion de temps.  C’est un peu comme si une heure de ma vie allait s’évaporer.  Comme si le mot « évasion » trouvait sa juste place dans les définitions.  Je venais de comprendre qu’il est possible de quitter notre monde pour un voyage au cœur d’une étrange dimension.

*-*

C’est l’histoire d’un petit garçon…  Ben non, en fait c’est l’histoire d’un réveil matin, un très vieux réveil, un réveil à ressort…  Ben non ! Ce n’est pas ça non plus…  Alors quoi ?  C’est l’histoire d’une belle amitié, d’une confiance partagée sans que les protagonistes ne s’aperçoivent de l’importance de cette relation.  C’est l’histoire d’une partition musicale, de l’intérêt qu’offre la ténacité à accomplir même si ténacité nous semble un objectif très compliqué.  C’est également la démonstration d’une forme de vie cachée, une vie que les humains ne peuvent que deviner sans y porter d’intérêt alors que c’est important d’aimer ce qui nous entoure, de prendre soin, d’offrir sa tendresse à ce qui n’est pas vraiment joli. 

Le quatrième de couverture explique qu’ici un réveil aide son propriétaire à remplir de musique les rêves de ce dernier…  Je pense que c’est bien plus que cela, j’ai l’impression qu’en rédigeant cette cinquantaine de pages, Dominique LIN dévoile énormément de choses.  Ce sont des mots très doux, des mots soigneusement déployés qui, par la même occasion, bercent avec tendresse la langue de Molière.   Tic, tac, tic, tac, Tempo de Santiago efface le temps, gomme les rides, approche petits et grands pour une lecture avec ou sans symbole, cela dépendra de vos enfants, cela dépendra de « vous », parents.

Je ne soulignerai jamais suffisamment le soin apporté à la qualité des ouvrages proposés par la Maison d’édition « Élan sud ».  J’ai suffisamment fréquenté le monde de l’édition pour avoir rencontré tout et n’importe quoi.  J’entends encore certains éditeurs me confier que les auteurs sont des gens compliqués et qu’ils devraient être contents d’être publiés.  Quelle erreur de jugement !  Quelle arrogance dans le propos !  La qualité d’un ouvrage est avant toute chose une question de respect vis-à-vis du lecteur.  Publier certes, car justement le fait de publier n’est pas qu’un simple geste d’impression, de reliure et puis…  Et puis quoi ? 

La maison d’édition « Élan Sud » offre un catalogue qualitatif (j’allais écrire caritatif) si l’on parle des textes proposés par leurs auteurs.  J’attire votre attention sur la qualité du papier choisi, le design épuré.  Tous ces petits détails prouvent que l’éditeur plonge les mains dans le cambouis pour que les œuvres deviennent de petits objets d’art, des livres que l’on collectionne, qui fusionnent dans le décor comme le ferait de petits tableaux, quelques bibelots précieux.

Élan Sud n’est pas la seule maison à soigner sa collection, nous retrouvons dans un autre genre la même approche chez « Noir d’Absinthe » et d’autres encore qui me pardonnerons de ne pas citer leur nom. 

Mon travail consiste à vous parler d’ouvrages, vous pouvez comprendre que le nombre de livres qui m’entourent est considérable.  Pourtant, dans mon salon, à la vue des visiteurs ne se trouvent que quelques livres joliment présentés.  J’ose croire que je ne suis pas le seul à agir de la sorte.  N’est-ce pas une sorte de vitrine ?  N’est-ce pas une forme de publicité que de relier en costume d’apparat ?  Un lecteur qui achète un livre dépense une partie de son argent de poche.  Ce n’est pas rien, c’est de l’argent qui pourrait servir à autre chose.  Offrir en échange un objet de qualité c’est une autre façon de fidéliser ses lecteurs.  On prétendra que je sors de ma réserve, que ce n’est pas mon rôle.  Détrompez-vous, si vous êtes éditeur et que vous pensez réellement que ce que j’exprime ici n’a pas lieu d’être c’est probablement que vous ne comprenez pas ce que signifie « respect ».  Le lecteur mérite cette attention, l’écrivain mérite que son travail soit présenté sous ses plus beaux atours.  Et si toutes ces considérations venaient à ne pas être comprises, j’imagine que c’est en raison que l’éditeur n’a aucune considération pour sa propre maison…  Rassurez-vous, ils ne sont pas nombreux.

Philippe De Riemaecker

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