Soie et Métal – Tuyêt-Nga Nguyên – ACADéMIA

Lire un livre c’est être témoin d’une sorte de petit miracle.  C’est partir, par le biais de 24 caractères, à la découverte de destins qui se seraient éteints, évaporés, oubliés s’il n’existait pas le prodige de l’écriture.   Certes, on pourrait résumer par ces quelques mots les voyages vers lesquels les auteurs nous entrainent cependant, ne serait-ce pas léger de simplifier ainsi ces confidences élaborées par des assemblages de lettres qui nous attendent à chaque nouvelle lecture ?  Disons-le sans langue de bois, il y a roman et roman.  Mes goûts ne sont pas les vôtres, je n’en disconviens pas,   tant pis si c’est contradictoire, le style et le contenu d’un livre décident de sa qualité.  Qu’importe le sujet, une belle écriture est un geste de respect, elle se différencie de la banalité par la réalisation d’une œuvre d’art.

Comment définir un roman alors que la dernière page tournée, il donne l’impression que plus rien ne sera pareil. Il y aura l’avant et l’après notre lecture.  Voici un signe, un signal sans polémique, aucune, « Soie et Métal » rédigé par « Tuyêt-Nga Nguyên » fait partie des incontournables.

 Ainsi, dès la première page, l’intrigue se met en place sans le moindre essoufflement.  Plus tard, ce tourbillon de vies va nous offrir la force d’oublier notre personnalité.  Nous voici entraînés au cœur d’un orage de sentiments contradictoires.  L’amour est une aventure précieuse qui conduit les élus de Cupidon à prendre des décisions qui peuvent blesser et sublimer en forces parallèles.  Mais ceci, même si l’on peut convenir que nous abordons le fil rouge du roman, n’est rien en comparaison de la douceur d’une écriture habilement sculptée.  Ici, c’est comme si Tuyêt-Nga Nguyên s’était lancée dans la conception d’une pièce d’orfèvrerie.  C’est réussi, j’en suis le témoin, je tremble d’émotion et j’ose prétendre que voici un texte remarquable.

Souvenez-vous, il y a quelques années déjà, le monde découvrait le Vietnam en raison d’un tremblement d’histoire géré ou provoqué (parfois) par des êtres qui semblaient ne pas comprendre ce que le mot « honneur » peut signifier aux yeux du monde.  Une crevasse allait cicatriser la terre, entrainant le destin de millions d’individus, pour les plus chanceux, à baisser les yeux, attendre des jours meilleurs, attendre que le feu des bombes s’éteigne enfin et que la folie se fasse oublier. S’oublier ? Vraiment ?  Le crime venait d’ailleurs, non par indifférence, par opportunisme probablement, par le déni de gestes d’humanité.

« Les incendies des âmes s’éteignent-ils, à l’image de ceux des forêts ? »  Comment répondre à ce cri lancé par l’écrivaine ?  Comment lui transmettre qu’à travers son écriture nous avons aimé, souffert, hurlé parfois en raison des pages qui s’offraient à nos yeux sans deviner la suite, sans deviner que le mot « fin » servira à éponger nos larmes.  Car oui, les larmes fleurissent, tantôt de joie, de révolte ou par dépit.  C’est ainsi, cette rosée de l’âme vient éclore quand on ne l’attend pas.  J’ignorais que la tendresse pouvait mouiller les yeux, j’ignorais que l’on peut fusionner avec des destins virtuels.  Une famille décrite sur le papier se fait fusion abstraite tout en guidant nos pas.  Nous découvrirons des révoltes indispensables, des êtres qui s’avancent sur un chemin difficile à appréhender, est-ce la route de l’équité ?

Comment puis-je ouvrir un autre livre après cette lecture si belle.  Ce roman  nous attache le regard,  nous fait vibrer les sentiments,  nous dévoile des horizons surprenants.

Madame Tuyêt-Nga Nguyên , votre roman est une perle rare.  Certes, nous approchons l’histoire, une page, que dis-je, une série de pages écrite par l’humain don la plume serait trempée dans le sang et pourtant, jamais vous ne tombez dans la facilité, jamais vous ne salissez la vérité.  Présente en qualité de témoin, écrivant comme si vous désiriez chanter, sublimer. 

Comme un hommage discret, votre roman bouleverse  notre karma et cette discrétion résonne d’une détonation assourdissante.  Il est bon de rappeler que la liberté est une question de choix, mais pas que, de don, de confiance et de force devant les cicatrices de vie.

Philippe De Riemaecker

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