Littérature

Un roman coup de cœur et :

le chroniqueur sort de sa réserve

Evelyne Dress « Les chemins de Garwolin »

Editions Glyphe ISBN 978-2-3525-097-7

Alors que je suis plongé dans «  Les chemins de Garwolin » écrit par Evelyne Dress, je suis troublé de découvrir certains passages qui rejoignent mon passé.  Troublé ? Oui troublé d’avoir l’impression que les destinées semblent rédigées comme des chemins de piste.  Aurais-je l’audace  de partager cet étrange ressenti ?  L’impression d’avoir rêvé ce que la romancière nous décrit.  Affabulation ? Projection ?  Peut-être, mais ceci n’explique pas tout, je ne crois pas.

Evelyne Dress décrit des quartiers d’Europe que je reconnais avec tendresse et soudain, comme un flash apparaissent ces heures qui me semblaient perdues dans le néant des mémoires enfouies.

Permettez-moi de sortir de ma réserve :

« J’avais un oncle, il était Jésuite et aimait ses amis Juif de la « Pelikanstraat » à Anvers.  J’aimais cet oncle qui me paraissait inaccessible.  À l’époque, je peignais, il n’aimait pas mes toiles et lui, qui était considéré comme un expert en la matière, me partagea son point de vue (bouf, merci pour les encouragements).  Un jour, le téléphone a sonné.  Mon oncle venait de consommer sa dernière respiration.  Il était « jeune », une cinquantaine à peine.  La mort me semblait faite pour les adultes, mais qu’est-ce qu’un adulte ?  Peut-être l’âge qui reconnait ses larmes ? »

Pourquoi rédiger ces mots qui nous éloignent du pitch de « Les chemins de Garwolin » ? Ils doivent vous sembler malhabiles, loin du sujet de ce Roman ?  Pour raison qu’il me reste en héritage le bien le plus précieux.

« Mon Oncle m’a offert un cadeau merveilleux, celui d’aimer, d’aimer l’humain.  Lui, s’est enfermé sous une autorité de prière, je me demande s’il ne l’a pas regretté (pas la prière, l’autorité), mais ses paroles, ses mots ouvraient la porte à une élocution que l’adolescent que j’étais a absorbé comme une éponge.

Les années ont rongé ma jeunesse, certains rêves se sont émiettés, d’autres ont pris un envol merveilleux et j’ai appris à apprivoiser mes rides au point de les aimer. »

Oups, j’arrête là, je ne voudrais pas vous paraître prétentieux ou pire encore, vous endormir d’ennui.

Les pages écrites par Evelyne Dress m’ont murmuré des mots impossibles à décrire ici.  J’ai pleuré et souffert en sa compagnie et… rigolé parfois.  Je me souviens des terres d’Israël (1978), des vibrations étranges, de cette sorte de révélation qui murmure à mon oreille : « Les êtres ont tous un destin à suivre.»  Refuse d’être juge, essaye simplement de tempérer les ardeurs de ceux qui parlent au nom de ce qu’ils ignorent.  , mon professeur d’histoire de l’époque aurait ajouté : « n’oublie aucune leçon du passé ».  Facile à dire face à la nauséabondité de certains propos publiés sur les « réseaux sociaux ».

Madame Dress, sous la force de vos écrits j’ai vu les arbres ployés sous la charge des souvenirs, j’ai entendu le vent me parler comme s’il était humain et surtout, oui surtout, j’ai entendu le bruit des pas, des chaines, du désespoir.  Certes, je n’ai jamais eu le courage de visiter les camps en Pologne, mes enfants ont fait le pèlerinage et gardent en mémoire des cicatrices impossibles à décrire ici.  Les cicatrices n’appartiendraient qu’à ceux qui les portent, je n’en suis pas certain. 

Aujourd’hui, chaque mot de rejet, de haine, d’idiotie me conduit à la réflexion.  Parfois j’ai peur, peur de ces cris, de ces ressentiments qui semblent d’actualité.  Jean-Paul II écrivait « N’ayez pas peur » oui, mais, ici il n’y a pas de palais, pas de garde pour protéger votre chambre, juste le cri d’un homme qui lance dans la tourmente : « écoutez, écoutez battre le cœur de tous ces êtres. »

N’est pas juif qui veut, c’est ce que j’ai lu dans ce merveilleux roman, certes, mais l’âme, qui peut la définir ?

Chaque matin, j’entends des bouches qui réclament du sang, je lis des propos qui me semblaient éteints sauf par l’Histoire et pourtant ! L’humanité apprendra-t-elle un jour ?  Il y a quelques minutes à peine je découvrais un texte qui appelait à la haine.  Ces mots étaient en provenance d’un homme adulé qui se dit « mon ami ».  Non, la haine n’est pas mon amie.  Si c’était le cas, je n’aurais aucunement le droit de saluer le  roman d’Evelyne Dress.

Je ne suis pas certain d’être clair dans mes propos, l’émotion apportée par « Les chemins de Garwolin » « que j’ai adoré », me porte à laisser courir ma plume, tant pis, j’assume.

En conclusion j’ajouterai peut-être : qu’importe la philosophie, qu’importe la religion, en rencontrant l’autre, je ne vois devant moi qu’un cœur qui bat, un être qui me ressemble.

Merci Madame, votre quête me fit l’honneur de croiser mon chemin, permettez-moi d’en être fier et croyez-moi, le nom des rues ne seront plus banales après cette lecture.  Lire un livre certes, l’aimer certainement, mais en sortir boulversé ? Non, ce n’est pas fréquent. Qu’importe, les mots nous aident à forger ce précepte qui semble s’assoupir : « Liberté ».

Madame, mon oncle s’appelait Joseph…

Philippe De Riemaecker

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